Lorsque vous calculez la section d'un câble, la chute de tension n'est pas le seul critère. Le câble doit aussi pouvoir évacuer la chaleur produite par effet Joule sans dépasser la température limite de son isolation. C'est le courant admissible Iz — et il dépend directement du mode de pose.
Pourquoi le mode de pose change tout
Un câble posé en l'air libre dissipe sa chaleur beaucoup mieux qu'un câble encastré dans une paroi isolante. La NF C 15-100 (et la norme internationale CEI 60364-5-52) définissent des méthodes de référence codifiées, chacune associée à un courant admissible de base différent.
Exemple : un câble 2,5 mm² cuivre/PVC, 3 conducteurs chargés :
- Méthode A1 (encastré dans une paroi isolante) : Iz = 15 A
- Méthode B2 (sous conduit, en apparent sur paroi) : Iz = 21 A
- Méthode C (fixé sur paroi, sans conduit) : Iz = 27 A
- Méthode E (en l'air, chemin de câbles non perforé) : Iz = 30 A
Soit un écart de +100 % entre le mode le plus défavorable et le plus favorable pour la même section !
Les 8 méthodes de référence (NF C 15-100 — CEI 60364-5-52)
Méthode A1
Câble multiconducteur ou monoconducteurs encastrés dans une paroi thermiquement isolante (mur à isolation intérieure, plafond isolé). Conditions les plus défavorables — l'isolation piège la chaleur.
Méthode A2
Câble multiconducteur encastré dans une paroi en maçonnerie (béton, brique). Légèrement meilleur que A1 car la paroi conduit un peu la chaleur.
Méthode B1
Monoconducteurs dans un conduit (IRL/IRO/ICTA) encastré dans une paroi en maçonnerie.
Méthode B2
Câble multiconducteur (ou monoconducteurs) dans un conduit en apparent sur une paroi. Très courant dans les installations tertiaires et industrielles.
Méthode C
Câble fixé directement sur une paroi (fixation par cavaliers ou agrafes), sans conduit. Meilleure dissipation que B2 car pas d'air stagnant dans un conduit.
Méthode D
Câble enterré directement dans le sol, ou dans un conduit enterré. L'ampacité dépend aussi de la résistivité thermique du sol (référence : 2,5 K·m/W).
Méthode E
Câble en l'air libre, sur chemin de câbles non perforé (nappe simple). L'air circule peu.
Méthode F
Câble sur chemin de câbles perforé, tablette ou touret. La meilleure ventilation naturelle — courant admissible le plus élevé.
Les facteurs de correction
L'Iz de base est tabellé pour une température ambiante de 30 °C et des câbles posés en nappe simple, non jointifs. En pratique, deux facteurs viennent le corriger :
k₁ — Facteur de température
Si la température ambiante diffère de 30 °C, l'Iz est corrigé :
- 20 °C → k₁ = 1,12 (légère amélioration)
- 25 °C → k₁ = 1,06
- 30 °C → k₁ = 1,00 (référence)
- 35 °C → k₁ = 0,94
- 40 °C → k₁ = 0,87
- 45 °C → k₁ = 0,79
- 50 °C → k₁ = 0,71 (locaux chauds, gaines techniques)
k₂ — Facteur de groupement
Des câbles côte à côte se réchauffent mutuellement. Plus il y en a, moins ils dissipent :
- 1 câble (isolé) → k₂ = 1,00
- 2 câbles jointifs → k₂ = 0,80
- 3 câbles jointifs → k₂ = 0,70
- 4 câbles → k₂ = 0,65
- 5 câbles → k₂ = 0,60
- 6 câbles → k₂ = 0,57
Au-delà de 9 câbles jointifs, k₂ ≤ 0,50.
Formule combinée
Iz_corrigé = Iz_base × k₁ × k₂
Et la condition à respecter : Iz_corrigé ≥ Ib (courant d'emploi réel).
Valeurs Iz de référence — Cuivre, PVC, 3 conducteurs chargés
Ces valeurs indicatives sont extraites des tableaux B.52 de la NF C 15-100 (température ambiante 30 °C, câbles non groupés) :
| Section (mm²) | A1 (encastré isolant) | B2 (conduit apparent) | C (fixé sur paroi) | E (chemin de câbles) |
|---|---|---|---|---|
| 1,5 | 11 A | 16 A | 20 A | 22 A |
| 2,5 | 15 A | 21 A | 27 A | 30 A |
| 4 | 19 A | 28 A | 36 A | 40 A |
| 6 | 24 A | 36 A | 46 A | 51 A |
| 10 | 33 A | 50 A | 65 A | 72 A |
| 16 | 44 A | 66 A | 87 A | 97 A |
| 25 | 58 A | 88 A | 114 A | 128 A |
| 35 | 71 A | 110 A | 141 A | 158 A |
Valeurs pour câble PR/PVC, cuivre, température ambiante 30 °C. Consultez les tableaux complets de la NF C 15-100 pour les câbles aluminium, les isolants XLPE (PR) ou les installations spéciales.
Exemple de calcul complet
Situation : alimentation d'un tableau secondaire, P = 12 kW, triphasé 400 V, cosφ = 0,85, L = 30 m. Le câble est posé sur chemin de câbles perforé (méthode F), avec 4 câbles côte à côte, température locale 35 °C.
- Courant d'emploi : Ib = 12 000 / (400 × √3 × 0,85) = 20,4 A
- Facteurs de correction : k₁ (35 °C) = 0,94 — k₂ (4 câbles jointifs) = 0,65
- Iz nécessaire : Iz_min = Ib / (k₁ × k₂) = 20,4 / (0,94 × 0,65) = 33,4 A
- Section retenue : en méthode F, un 4 mm² Cu/PVC donne Iz_base ≈ 44 A → Iz_corrigé = 44 × 0,94 × 0,65 = 26,9 A — insuffisant. On passe à 6 mm² : Iz_base ≈ 57 A → Iz_corrigé = 57 × 0,94 × 0,65 = 34,8 A ≥ 33,4 A ✓
- Vérification chute de tension : ΔU = (√3 × 0,01786 × 30 × 20,4) / 6 = 3,34 V → ΔU% = 3,34 / 400 = 0,84 % ✓
Résultat : câble 6 mm² cuivre/PVC, sélectionné par contrainte thermique et non par chute de tension. C'est fréquent sur les liaisons courtes à fort courant.
Ce qu'il faut retenir
- Le mode de pose est aussi important que la section — ne l'oubliez pas lors de votre étude
- En cas de chemin de câbles chargé, le facteur k₂ peut diviser l'ampacité par deux
- En local chaud (gaine technique, chaufferie), le facteur k₁ se dégrade rapidement
- Toujours vérifier les deux critères : chute de tension ET courant admissible — et retenir la section la plus grande
- Pour les câbles XLPE/EPR (isolation PR), les Iz sont environ 20 % supérieurs à ceux du PVC
Articles récents
Repérage obligatoire des conducteurs en France : couleurs des phases, neutre, PE et circuits de commande selon NF C 15-100 et IEC 60446.
Ordre des paires T568A et T568B, différence câble droit / croisé, catégories Cat5e à Cat8 et règles de câblage PoE pour les installations réseau et vidéosurveillance.
Zones de voisinage (DAN, DLVR, DMA) selon la tension, habilitations requises et règles pratiques pour travailler à proximité d'ouvrages sous tension (UTE C 18-510).